C’est peu dire que l’on attendait Digger, le nouveau film d’Alejandro G. Inarritu avec Tom Cruise dans le rôle-titre, avec un mélange de curiosité et d’appréhension. Après tout, le réalisateur mexicain restait sur le décevant Bardo, tandis que l’acteur, s’il aligne avec constance et efficacité les films d’action, court depuis une éternité après un rôle qui puisse soutenir la comparaison avec sa composition de Magnolia, de Paul Thomas Anderson – c’était en 1999.
Curieusement, c’est à un autre film de PTA, There Will Be Blood, que fait surtout penser Digger, qui en serait en quelque sorte une version dégénérée. Là où le premier s’intéressait à la genèse sanglante du capitalisme, le second en constate la faillite définitive, incarnée par “Digger” Rockwell (Tom Cruise), richissime magnat du pétrole tentant d’éteindre l’incendie qu’il a lui-même allumé depuis le manoir où il règne sans partage (si ce n’est avec Maggie, son chat fossilisé) sur une armée de laquais serviles. Et s’employant à se présenter comme le sauveur providentiel d’une humanité qu’il a précipitée dans une catastrophe environnementale sans précédent, les puissants de ce monde, à commencer par le président américain Compton (John Goodman), lui mangeant dans la main…
Huitième long métrage d’Alejandro G. Inarritu, Digger adopte les contours d’une satire féroce et apocalyptique du monde contemporain, entre effets mortifères du capitalisme sauvage et fuite en avant de ceux qui l’incarnent, plus que jamais hors-sol. Si le trait est mordant, il est aussi fort appuyé, Inarritu ayant la virtuosité démonstrative – pas vraiment une surprise de la part du réalisateur de Birdman –, tout en reposant sur une mise en abyme pas franchement nécessaire. La comédie noire n’en produit pas moins son petit effet, farce fascinante à défaut d’être totalement aboutie où Tom Cruise en impose dans le rôle de l’histrion de service, l’Oscar du meilleur acteur en ligne de mire. Ambitieux comme inégal, fulgurant et grandiloquent dans un même mouvement, Digger est un film de la démesure, épuisant mais aussi inépuisable.

