Seize ans après The Social Network, film vertigineux où David Fincher retraçait avec brio la genèse de Facebook, Aaron Sorkin, son scénariste oscarisé, en signe aujourd'hui la suite, The Social Reckoning, où il se penche sur la mutation profonde de la plateforme. Inspiré des "Facebook Files", une série d'articles publiés par le Wall Street Journal en septembre 2021, le film retrace l'enquête de Jeff Horwitz (Jeremy Allen White), un journaliste qui, s'appuyant sur les révélations de Frances Haugen (Mikey Madison), une lanceuse d'alerte issue des rangs de l'entreprise, allait dévoiler les rouages secrets et la face cachée de Facebook. Le réseau social le plus célèbre au monde allait se retrouver dans l'œil du cyclone suite à la mise en lumière de ses multiples dérives, l'optimisation des profits s'étant opérée sans le moindre égard pour des effets politiques et humains dévastateurs...
Aaron Sorkin n'a pas la virtuosité de David Fincher, et son film souffre forcément de la comparaison avec son modèle. Pour autant, The Social Reckoning mérite assurément que l'on s'y arrête, les talents de scénariste de l'auteur lui permettant de tirer d'un matériau potentiellement aride et objectivement bavard un thriller aussi dense qu'efficace. S'inscrivant dans la grande tradition des oeuvres célébrant le journalisme d'investigation – de All the President's Men, d'Alan J. Pakula, en 1976, à Spotlight, de Tom McCarthy, en 2015 –, Sorkin imprime à son film-dossier une tension allant crescendo, alors que le récit, sinuant de 2019 à 2021, balance entre progression de l'enquête et répétitions de Mark Zuckerberg (Jeremy Strong) pour sa future audition devant le Congrès. Une mécanique bien huilée portée par une distribution solide – Mikey Madison en particulier est épatante dans son premier rôle post Anora –, pour une plongée aussi captivante qu’éclairante au cœur du système Zuckerberg et ses conséquences funestes pour la démocratie. Fort.

