Cheffe d'un service de chirurgie dans un hôpital public en souffrance, Gabrielle Conti (Léa Drucker) est une femme sous pression, sollicitée de toutes parts – "cheffe de service un soir, cheffe de chantier toujours", observe-t-elle –, sans y trouver vraiment à redire. "Je ne suis pas une victime", ne se fait encore faute de préciser celle qui a choisi de se dévouer corps et âme à son travail, sa vie ressemblant à un tourbillon où la sphère privée – Henri (Charles Berling), son mari, ou sa mère Arlette (Marie-Christine Barrault), dont il lui faut s'occuper – semble ravalée à une place périphérique. Une femme indépendante dont le quotidien surmené vacille lorsque Frida (Mélanie Thierry), une romancière faisant des recherches pour un prochain livre, vient s'immerger pour quelques semaines dans son unité...
Deuxième long métrage de Charline Bourgeois-Tacquet (Les Amours d'Anaïs), La Vie d'une femme décline en onze chapitres serrés ce portrait au féminin. Si le sujet n'est pas foncièrement original, la réalisatrice y injecte une énergie stimulante, le film adoptant le rythme soutenu de son héroïne toujours en mouvement – épatante Léa Drucker, dans un rôle rappelant L'Intérêt d'Adam –, tout en osant des variations de tonalité. Au passage, Charline Bourgeois-Tacquet réussit aussi à capter joliment le frémissement amoureux, avec la complicité vibrante et intense de ses deux comédiennes. Pour livrer un beau film, traçant tout en finesse le portrait impressionniste d'une femme d'aujourd'hui.

