Sarcelles, dans la banlieue parisienne, au mitan des années 1990. Elevée par sa mère célibataire avec Yoni, son demi-frère, Abigaëlle s'est persuadée que son père qu'elle n'a jamais connu – il ne voulait pas d'enfant, et s'est envolé avant sa naissance – l'aime quelque part en secret. Et la fillette de se mettre en tête de le retrouver, désir ne faiblissant pas avec le temps, sa recherche opiniâtre se muant à l'adolescence en une quête obsessionnelle dans laquelle elle entraîne tout son entourage – petit frère, meilleure copine ou couple d'amis. Sans oublier sa mère Erika, dont elle met la patience à rude épreuve, mais qui tente de l'aider tout en veillant à la protéger alors que se profilent des désillusions en cascade.
Deuxième long métrage de Rudi Rosenberg, acteur passé à la réalisation avec la comédie adolescente Le Nouveau il y a onze ans déjà, Quelques mots d'amour témoigne d'une sensibilité toute personnelle. Construite autour d'une absence et d'une blessure intime, la chronique familiale ne se veut pas plombée pour autant, la noirceur du contexte initial générant diverses formes de solidarité – c'est aussi de vivre ensemble qu'il est ici question. Rosenberg s'autorise encore de multiples échappées, savoureuses pour certaines, la quête du père consacrant par ailleurs l'éclosion d'une relation mère-fille écrite à rebours des clichés. Une partition contrastée dans laquelle excellent Hafsia Herzi et la nouvelle venue Nour Salam, leur duo étant le cœur battant d'un film charriant une large palette d'émotions, pour s'avérer cruel et tendre, grave et léger, sombre et solaire dans un même élan. Une jolie chronique, embrassant la vie avec une simple et touchante justesse.

