Critiques

Wild Horse Nine : Une crise de sanglots ponctuée d’éclats de rire

Anaïs Bordages

Une crise de sanglots ponctuée d’éclats de rire : tel est l’effet d’un film de Martin McDonagh. De Bons baisers de Bruges à Three Billboards, le cinéaste a développé en une poignée de projets un ton inimitable, qui entremêle brillamment humour noir, tragédie et verve politiquement incorrecte.

Dans cette comédie aussi corrosive que mélancolique, John Malkovich et Sam Rockwell incarnent deux agents de la CIA basés au Chili, juste avant le coup d’État de Pinochet en 1973. Le plus âgé des deux est «un gros bonnet de la CIA avec un strabisme». Atteint d’un cancer à 72 ans, il ne s’embarrasse plus de la moindre politesse ou discrétion autour de son métier – ce qui est plutôt fâcheux quand on est responsable de la déstabilisation de plusieurs démocraties et d’un paquet d’assassinats politiques. Son confrère, lui, essaie tant bien que mal de surveiller ses bourdes et de limiter les dégâts. Partenaires et amis, ils partent passer quelques jours de vacances sur l'île de Pâques, un lieu mystique propice à l’isolement et l’introspection. Et comme dans tous les films de Martin McDonagh, pendant ce temps-là, la mort rôde.

Avec cette dramédie intime doublée d’un thriller politique, le réalisateur livre un examen cinglant de l’Histoire géopolitique des États-Unis (le coup d'État au Chili, comme on le sait, a été largement encouragé par le gouvernement américain). Le film, qui fait même un détour par Monument Valley, nous propose ainsi de regarder l’autre face, moins glorieuse, de l’image d’Epinal américaine. Et nous invite à nous questionner sur la solidité de nos propres démocraties.

Comptant parmi les meilleurs scénaristes en exercice, Martin McDonagh livre un récit d’une redoutable intelligence, à base de saillies hilarantes – un exploit d’autant plus remarquable pour un film dont le thème de prédilection est le suicide. Mais derrière son récit sombrement comique et parfois violent, le cinéaste britanno-irlandais n'oublie jamais de sublimer la fragilité et la sensibilité de ses personnages masculins. John Malkovich, lui-même une légende américaine à part entière depuis quarante ans, trouve ici un de ses plus grands rôles. Faisant la somme de tous ses talents, il se montre tour à tour caustique, déchirant, menaçant, doux, sénile et terriblement séducteur dans ce film qui lui a valu d’obtenir la Coupe Volpi au Festival de Venise.

À partir de demain
Anaïs Bordages

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