Critiques

Truly Naked : mise à nu

Jean-François Pluijgers

Truly Naked s'ouvre sur le tournage d'une scène de film X, dont le corps lamé d'or de l'actrice fait écho à Goldfinger, opus fameux de la saga James Bond. Manière de pimenter une routine porno qui resterait somme toute banale si l'on ne trouvait derrière la caméra Alec (Caolan O'Gorman), un ado en train de filmer son père hardeur, Dylan (Andrew Howard), arrangement au coeur de leur business familial. Une petite entreprise ne connaissant pas la crise jusqu'au jour où, dans le cadre d'un travail scolaire sur l'addiction, le garçon introverti est associé à Nina (Safiya Benaddi), une condisciple du genre secrète mais non moins farouchement féministe, pour préparer un exposé sur la pornographie. Et Alec de se retrouver tiraillé entre son quotidien inavouable et les sentiments nouveaux que lui inspire la jeune fille...

Présenté en février dernier dans la section Perspectives de la Berlinale, le premier long métrage de Muriel d'Ansembourgdéploie son horizon de récit d'apprentissage doublé de romance teen sur arrière-plan d'industrie pornographique. Une juxtaposition inattendue mais judicieuse, qui permet à la cinéaste néerlandaise de nourrir une réflexion sur l'éveil à la sensualité et à la sexualité à une époque où la découverte du sexe se fait souvent par la consommation d'images pornographiques en ligne. Si la réalisatrice ne fait pas toujours l'économie d'une provoc un peu toc – la scène de la pieuvre –, ni de quelques facilités, son film n'en aborde pas moins des sujets brûlants avec sensibilité. Tout en vibrant de la grâce et de l'intensité de ses deux jeunes comédiens, la foudroyante Safiya Benaddi et le "paulmescalien" Caolan O'Gorman.

Jean-François Pluijgers

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