Critiques

Woman and Child : Famille, je vous hais !

Léopold Vezard

Fidèle à ses thèmes de prédilection, Saeed Roustaee fait son retour avec le portrait d’une famille où il démontre à nouveau son grand sens de la mise en scène, malgré quelques excès mélodramatiques.

Saeed Roustaee n’en a pas fini avec la famille, un motif plus que récurrent dans son œuvre. Hormis La Loi de Téhéran, digression par le thriller très réussie, ses films semblent tous partager la volonté de démontrer la fragilité autant que la résilience des liens familiaux qu’il s’attache à mettre en scène. Woman and Child ne fait pas exception, malgré des prémices bien différentes de ses précédents longs-métrages Life and Day ou Leïla et ses frères - récompensé à Cannes en 2022.

Le réalisateur nous emmène cette fois à la rencontre de Mahnaz, infirmière, jeune veuve et mère de deux enfants, Aliyar et Neda, qu’elle élève avec l’aide de sa sœur cadette et de leur mère dans un appartement où cohabitent les trois générations. Plutôt que de se presser dans son exposition, le cinéaste prend le temps de semer les graines du récit, s’attardant avec justesse à nous faire découvrir avec humour et tendresse cet écosystème familial, où semble régner une symbiose intergénérationnelle.

Hors de ce microcosme, Mahnaz entretient une relation amoureuse avec Hamid, ambulancier gouailleur qui désire plus que tout l’épouser, malgré les réticences de la jeune femme. Seulement, dans cette société iranienne patriarcale, difficile d’échapper à la présence d’un homme dont l’insistance finit par contraindre Mahnaz d’accepter les fiançailles. Mais cette apparente accalmie sera de courte durée, puisqu’une série de bouleversements va venir briser le doux équilibre familial, propulsant le récit dans un tout autre registre.

Avec Woman and Child, le réalisateur regarde la famille à travers les liens qui unissent ses personnages, autant qu’ils les déchirent pour les laisser en lambeaux. Mais surtout, il filme la cellule familiale comme un piège dont Mahnaz ne peut s’échapper, conséquence d’un système iranien qui assigne les femmes à un rôle féodé jusque dans leur intimité. Roustaee démontre à nouveau son adresse à la réalisation, en la mettant toute entière au service de son propos. Il déploie toute une panoplie d’idées de mise en scène qui contribue à renforcer cette impression d’étouffement progressif, entre surcadrages, transparences et lignes de fuite. De l’appartement familial à l’hôpital en passant par la cour de l’école, ce piège qui ne cesse de se refermer, s’étend bien au-delà de la simple échelle familiale, symptôme d’une société cadenassée par la gent masculine.

Le film pèche peut-être par son excès de mélodrame. Parfois un peu trop appuyé, il dessert des personnages pourtant écrits avec finesse, transformant momentanément certains en caricatures d’eux-mêmes, tout en ralentissant un rythme qui était jusque-là parfaitement maîtrisé. Si cette inflexion mélodramatique pourrait déconcerter les spectateurs les moins enclins à s'y abandonner, elle est loin de briser l’intérêt de Woman and Child. Après tout, le film de Roustaee tient sa promesse de nous entraîner sans relâche dans l'intimité fissurée d'une famille comme tant d'autres. Car si les familles heureuses se ressemblent toutes, comme toutes les familles malheureuses, celle de Mahnaz l’est d’une manière très singulière.

Woman & Child

Saeed Roustee, réalisateur de l’extraordinaire Leila and her Brothers, signe un drame éprouvant et plein de rage centré sur le combat d’une femme iranienne en quête de justice dans une société gangrenée par le patriarcat. Dans le rôle principal, Parinaz Izadyar livre une performance époustouflante, encapsulée dans l’intensité de son regard.

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