Interview

Karim Aïnouz pour Rosebush Pruning : "Au-delà de l'ironie, il y a le sens de l'humanité."

Elli Mastorou

Présenté compétition à la Berlinale, Rosebush Pruning, nouvel opus du brésilien Karim Aïnouz (Motel Destino, Firebrand) réunit un casting étoilé : Pamela Anderson, Callum Turner, Elle Fanning… Inspiré de Bellochio et signé par le scénariste de Lanthimos, c’est un huis clos aussi esthétique… que malaisant.

Sang, sexe, opulence : Rosebush Pruning raconte l’histoire d’une famille bourgeoise incestueuse. Avez-vous eu du mal à convaincre le casting de s’embarquer dans ce projet ?

La première fois que j’ai lu le scénario, je me suis dit “wow, c’est punk, moderne, je n'ai jamais fait un truc pareil. Mais qui va accepter de s'embarquer là-dedans ?” Pour moi, c'était clair qu’il fallait un casting de stars. Et à ma grande surprise, il y a eu beaucoup d'intérêt. Pour le rôle du père, j’ai échangé avec beaucoup de grands acteurs hollywoodiens. Et puis... pas de nouvelles. Décision personnelle ou stratégie d'agents ? Impossible de savoir. Un jour, l’agent de Tracy Letts nous a contactés, en disant qu’il avait adoré. La blague est qu'il aurait dit « Le seul truc dérangeant dans le scénario, c’est que je vais devoir monter à cheval » (rire). C’était extraordinaire qu’il accepte, parce que c'est une de mes plus grandes inspirations, et pour ce film en particulier, c’est Killer Joe [pièce de Tracy Letts, adaptée au cinéma par William Friedkin, NDLR]. Letts est un dramaturge extraordinaire, c'est quelqu’un de très ouvert, et il a beaucoup apporté au personnage. Il le normalise - ce qui est pire, en fait.

Vous avez dit que le film est un commentaire sur la montée du fascisme. Pouvez-vous développer ?

Ces vingt dernières années, nous vivons dans une sorte de techno-féodalisme. L'abîme entre les super-riches et les super-pauvres est immense. Et moralement, c'est criminel. Je ne citerai pas de noms car c'est contreproductif, mais quand vous avez un trillion de dollars, et que le monde est tel qu’il est... Et ça nourrit le fascisme : beaucoup de pays occidentaux sont actuellement dans un régime fasciste, ou fascisant.

La mise en scène est très vibrante, colorée et glamour. Pensez-vous que ce regard critique sur l'accumulation de richesses reste perceptible ?

Oui, car il y a un élément dans le film qu'on ne trouve pas dans d’autres représentations du luxe : l'ironie. Et c’est un très bon déclencheur de malaise. Quand on regarde cette famille, il y a aussi quelque chose de très triste. Ce n’est pas la famille de publicité classique qu'on verrait sur Instagram. L'ironie du ton apporte une certaine "acidité".

Vous avez rapporté que lors des premières projections-test, les spectateur·ices vous ont dit trouver les personnages « horribles ». Votre intention est qu’on ait de l’empathie pour eux ?

Oui, tout à fait. Je ne sais pas si ça fonctionne, mais c'est l'idée. Le père est horrible, mais les autres sont des gens profondément meurtris, abîmés. J'ai beaucoup réfléchi à comment rester proche d’eux, c'était le plus gros défi. Je ne suis pas quelqu'un qui aime les gens riches, par principe. Mais au-delà de l'ironie, il y a le sens de l'humanité. Au final, je ne voulais pas les juger.

Rosebush Pruning

Une famille aux prises avec des maladies génétiques vit dans un domaine à la campagne. Des drames personnels se déroulent au sein de ce foyer dans ce portrait intimiste.

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