D’apparence, La Fin d’Oak Street reprend tous les codes du cinéma populaire des années 1980. L’intrigue débute par une représentation hiératique de la banlieue américaine, lors d’une fête des voisins en plein air dont la sérénité paraît immédiatement trop fabriquée. La percée nostalgique se poursuit lorsqu’un événement cosmique, évidemment serti de lumières bleues spielbergiennes, plonge la rue et ses alentours dans l’ère préhistorique, transformant le quartier paisible en festin pour dinosaures. À la musique, Michael Giacchino tente sa meilleure imitation de John Williams, avec des compositions emphatiques et affolées qui évoquent successivement le merveilleux et la peur panique. On pense à E.T., Gremlins ou encore – forcément – Stranger Things.
Dans cet exercice de pastiche d’une production Amblin, Mitchell s’en sort avec les honneurs. Sans doute conscient qu’il ne pourra pas rivaliser avec l’intensité de Spielberg, le cinéaste ne réplique pas l’approche spectaculaire de Jurassic Park, mais fait plutôt d’Oak Street un quasi huis-clos anxiogène, dont la tension et le caractère ludique tiennent à l’irruption du préhistorique au sein d’un décorum familier. Le film est jubilatoire lorsqu’il cantonne ses créatures à l’arrière-plan, en bordure du cadre, ou tout simplement dans le hors-champ – belle séquence nocturne où un diplodocus frôle la maison des héros et cause un tremblement de terre. À l’inverse, Mitchell se révèle moins inspiré lors des scènes d’attaques et de poursuites, souvent motivées par des décisions absurdes des personnages. Des confrontations qui font aussi éclater au grand jour les limites des effets spéciaux numériques, pas toujours du plus bel effet.
Toutefois, Oak Street n’est pas qu’un simple hommage à une époque dorée. À mesure que le film progresse, sa noirceur devient de plus en plus interpellante. Les cris horrifiés des voisins que l’on dévore ainsi que la violence de certains assauts – on a rarement vu dinos aussi vicieux au cinéma – donnent de sérieux coups de griffes à l’émerveillement. Mitchell est-il venu salir nos années 1980 ? Ou son film rend-il simplement plus visible la cruauté qui parcourait déjà les productions de l’époque ? Il y a sans doute un peu de tout ça, mais il faudra attendre la fin du métrage pour appréhender le projet dans son ensemble. À la faveur de plusieurs pirouettes narratives qu’il vaut mieux ne pas éventer, La Fin d’Oak Street prend une dimension inattendue, plus autobiographique. Comme si Mitchell se servait des potentialités illimitées du blockbuster des années 1980 pour matérialiser puis exorciser ses propres démons personnels – en l'occurrence, un deuil que l’on devine douloureux. Dans tous les cas, La Fin d’Oak Street est un drôle de film. À la fois désespéré et candide, féroce et tendu, maladroit et sincère, le long-métrage ne manque pas d’audace ni de défauts, mais demeure en tout cas une anomalie dont aurait tort de se priver.

