Nagi Notes s'ouvre sur l'arrivée d'une femme élégante à Nagi, village reculé des montagnes de l'ouest du Japon. Elle s'appelle Yuri (Shizuka Ishibashi), est architecte et divorcée, et est venue de Tokyo afin de passer quelques jours chez son ex-belle soeur, Yoriko (Takako Matsu), sculptrice sur bois pour qui elle a accepté de servir de modèle. Alors que les jours s'écoulent, rythmés par les échos sourds de la base militaire voisine et les allées et venues de Haruki (Waku Kawaguchi) et Keita (Kiyora Fujiwara), deux jeunes gens apprenant le dessin auprès de Yoriko, la quiétude des lieux semble bientôt déteindre sur Yuri, les séances de pose se prêtant aux échanges feutrés mais aussi aux silences introspectifs.
Articulé autour de ces deux duos, les adultes et les adolescents, Nagi Notes est une œuvre d'une suprême délicatesse, où les souvenirs, les sentiments les plus profonds et les désirs secrets se révèlent au détour de non-dits et de moments en suspension. Pour écrire son film, Kōji Fukada (Harmonium, L'infirmière...) s'est appuyé sur la pièce Tokyo Notes, du dramaturge japonais Hirata Oriza, elle-même inspirée du Voyage à Tokyo, de Yasujiro Ozu. Il y a quelque chose de l'art du maître nippon dans ce drame subtil arpentant les allées de la vie et mesurant le passage du temps en offrant à ses protagonistes de pouvoir se réinventer. S'inscrivant à rebours du modèle patriarcal japonais, Nagi Notes est une œuvre de toute beauté, un film qui, à l'image de ses deux formidables comédiennes, semble touché par la grâce.

