Critiques

Sainte-Marie-aux-Mines : chemins de traverse

Jean-François Pluijgers

On avait découvert les inspecteurs perpignanais Alain Crab (Rodolphe Burger) et Francis Conrad (Francis Soetens) dans L'Autre Laurens, précédent opus du cinéaste belge Claude Schmitz où ils évoluaient à la périphérie de l'intrigue principale. Sainte-Marie-aux-Mines les recadre au centre d'un récit empruntant allègrement aux codes du film d'enquête et du buddy movie pour mieux s'en écarter. Cap sur la petite ville alsacienne donnant son titre au film, où les deux limiers ont été mutés par mesure disciplinaire – sanction qui déplaît suprêmement à Crab, originaire de l'endroit, mais dont Conrad a bien l'intention de profiter pour se familiariser avec les lieux, et plus si affinités. Quand l'improbable duo se voit confier une enquête de routine sur le vol d'une bague, le premier entrevoit l'opportunité de gagner leur ticket de retour pour Perpignan. Sauf qu'entre-temps, son comparse s'est entiché de Nour (Samia Lemmiz), une habitante de la localité, et qu'il n'est pas vraiment pressé de repartir...

Découvert en 2018 avec Braquer Poitiers, Claude Schmitz a fait des chemins de traverse sa spécialité. Il n'en va pas autrement aujourd'hui de Sainte-Marie-aux-Mines, faux polar qui musarde plus qu'il n'enquête de non révélations en digressions au cœur d'un territoire provincial où le cinéma ne s'aventure qu'épisodiquement. Le cinéaste a le trait aussi drôle que tendre alors qu'il emboîte le pas à ses deux pieds nickelés – Rodolphe Burger et Francis Soetens sont irrésistibles – le temps d'une fugue poétique célébrant, l'air de rien, un autre rapport au temps comme au monde. Soit, ancrée dans un réel accueillant, une échappée décalée sur laquelle plane un enivrant parfum de résistance à la morosité. À voir.

Jean-François Pluijgers

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