Critiques

The Mastermind : l’homme qui n’était pas là

Jean-François Pluijgers

C'est l'histoire de J.B. Mooney (Josh O'Connor), un homme qui, n'en pouvant plus d'une existence qu'il estime trop étriquée, pense un jour avoir une idée géniale : cambrioler le musée de Framingham, Massachussetts, où il a repéré des tableaux d'Arthur Dove, pour ensuite les revendre. Les petits malfrats qu'il recrute pour l'assister dans son entreprise sont autant de bras cassés et, après un vol tout sauf discret, l'apprenti braqueur se retrouve avec un butin encombrant sans vraiment savoir comment l'écouler. Le battage autour de l'affaire ne lui laissant bientôt d'autre ressource que d'abandonner femme (la trop rare Alana Haim, vue dans Licorice Pizza), enfants et confort pour se lancer dans une cavale dans l'Amérique des années 70...

Tenante d'un cinéma minimaliste, Kelly Reichardt applique aujourd'hui cette approche au film de casse. Un genre qu'elle aborde en mode résolument anti spectaculaire, préférant à l'action et aux éclats tonitruants une chronique feutrée de la lose. Le résultat est aussi étonnant que fascinant, la réalisatrice de First Cow s'appuyant sur son sens de l'observation aiguisé pour doubler le portrait de cet antihéros velléitaire et insondable - irrésistible Josh O'Connor, tour à tour drôle ou pathétique -, de celui en creux de l'Amérique de l'époque, ses failles et ses marges. Si l'on y trouve des échos de Night Moves, dont le protagoniste principal était également un "cerveau" auto proclamé sujet à l'aveuglement, The Mastermind renvoie aussi à Wendy & Lucy avec lequel il partage le motif de l'errance. Kelly Reichardt met en scène celle de cet homme qui n'était pas là avec une précision d'orfèvre, pour signer, magnifié par la photographie de Christopher Blauvelt, un grand "petit" film.

The Mastermind

Un père de famille en quête d’un nouveau souffle, Mooney décide de se reconvertir dans le trafic d’œuvres d’art.

Jean-François Pluijgers

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