Entamé avec les années 1980 sur Dernier été, le parcours de Robert Guédiguian n'a jamais dérivé d'une ligne humaniste et politique. Il n'en va pas autrement d'Une femme aujourd'hui, son vingt-cinquième long métrage, un film qui voit le réalisateur phocéen s'atteler à un portrait au féminin. Elle s'appelle Juliette (Marilou Aussilloux), affiche la trentaine conquérante et bosse dans la finance à Marseille, où elle vit dans une maison aussi luxueuse qu'aseptisée. Un bon petit soldat du capitalisme, sans guère d'états d'âme – "Il va où le fric que t'as gagné en mettant de pauvres boucs comme nous à la porte ?", l'accuse son frère –, mais dont le monde va imploser lorsqu'elle est victime d'une agression sexuelle après une soirée entre collègues. Et la jeune femme d'entreprendre une délicate reconstruction...
S'il surprend rarement, le cinéma de Robert Guédiguian n'en réussit pas moins toujours à cerner l'époque et les enjeux qui la travaillent. Ainsi de Une femme aujourd'hui, film inscrit dans l'ère post #MeToo où le réalisateur de La ville est tranquille s'attèle aux luttes féministes. L'engagement politique chevillé à la caméra, le cinéaste ne craint pas de charger la barque, poursuivant sa critique du libéralisme sans frein en opposant à l'individualisme forcené les vertus du collectif par un raccourci scénaristique audacieux ; parlant rapports de domination mais aussi liens familiaux et transmission ; convoquant encore le passé colonial de la France... Si l'on frise parfois le trop plein, la générosité du trait et l'élan romanesque que Robert Guédiguian veille à imprimer au récit ont toutefois raison des principales réserves, le chœur des fidèles Ariane Ascaride, Gérard Meylan, Jean-Pierre Darroussin et Grégoire Leprince-Ringuet se chargeant d'habiller l'ensemble, balisé mais non dénué d'aspérités, de couleurs diverses.

