Réalisé à quatre mains par Mehrdad Oskouei et Soraya Akhlaghi, A Fox Under a Pink Moon est un documentaire singulier. Jeune artiste afghane – elle a seize ans quand s'ouvre le film –, Soraya Akhlaghi a grandi en exil à Téhéran. Elle retrace, à l'aide d'images tournées avec son téléphone portable dans des conditions précaires – depuis le fond d'une camionnette où sont entassés des réfugié·es tentant de passer clandestinement en Turquie ; sur le bas-côté d'une autoroute où elle a été abandonnée avec ses compagnons d'infortune ; dans un canot vacillant,... – cinq années épuisantes à tenter de fuir l'Iran et un mari violent, à destination de l'Autriche où réside sa mère qu'elle n'a pas vue depuis huit ans. Des moments dont la répétition désespérante est rythmée par des bulletins d'infos relatant l'évolution tragique de la situation en Afghanistan, mais aussi de petites vidéos où elle se filme en train de chanter ou danser, en quelque pied-de-nez à un destin contraire. Sans même parler de séquences animées poétiques (réalisées par Mohammad Lotfali) prolongeant les sculptures et les dessins qu'elle exécute sans relâche en guise d'échappatoire, expressions symboliques d'un monde intérieur chahuté où elle côtoie un renard et un clown triste auquel elle s'identifie sous une lune rose protectrice.
Au-delà de son incontestable réussite formelle, A Fox Under a Pink Moon puise dans cette forme hybride une force exceptionnelle. Au suffocant témoignage sur une réalité blême englobant pêle-mêle exil, sort des réfugiés et violence domestique, se greffe avec bonheur une dimension intime où l'art se fait vecteur d'émancipation et d'affirmation de soi. (Auto)-portrait d'une jeune femme traçant à toute force son chemin dans un monde hostile et cruel, le film, non content de donner un visage humain à une crise trop souvent ravalée à des statistiques, salue éloquemment le pouvoir de la résilience. Et ose, à l'instar de sa protagoniste, faire le pari de l'espoir. Une œuvre à découvrir d'urgence.

