Nouveau documentaire du duo Iain Forsyth et Jane Pollard (auteur·ices, en 2014, de 20.000 Days on Earth, consacré à Nick Cave), Broken English, s'appuie sur un dispositif singulier : au sein d'une agence gouvernementale fictive, the Ministry of Not Forgetting, des fonctionnaires anonymes – pas tout à fait pour le coup, puisqu'il s'agit de Tilda Swinton et George MacKay – questionnent la manière dont la vie de personnalités a été consignée pour la postérité, tentant de démêler la vérité du mythe. Premier dossier soumis à leur expertise, Marianne Faithfull, trop souvent ravalée au rang de "muse de Mick Jagger" voire de "Naked Girl at the Stone's Party", comme le titra un journal de l'époque. Et de rembobiner la biographie officielle et ses raccourcis pour les soumettre à la principale intéressée et l'inviter à commenter les soixante ans d'un parcours humain et artistique mouvementé.
Si elle apparaît diminuée dans ce qui restera comme sa dernière performance – elle devait disparaître en janvier 2025, avant que le projet ne soit mené à son terme –, Marianne Faithfull n'en a pas moins gardé l'esprit acéré. La chanteuse, compositrice et comédienne passe en revue ses multiples vies sans complaisance mais non sans ironie, rétablissant certaines vérités et racontant, à rebours des clichés, son combat pour s'imposer comme artiste dans un contexte peu favorable – euphémisme. Film-enquête au format hybride et à l'esthétique néo-noire, Broken English (d'après le titre de l'une de ses chansons emblématiques) rend justice à son immense talent tout en la profilant en icône féministe – démarche confinant à la magie quand des interprètes comme Jehnny Beth, Courtney Love, Beth Orton ou Nick Cave revisitent son héritage.

