Critiques

Jim Queen, la dialectique des fluides

Quentin Moyon

Si vous n’étiez pas présent lors de la séance de Minuit du 79e Festival de Cannes le 18 mai dernier, vous avez probablement raté votre vie… Sans aller jusque là, le film Jim Queen présenté ce jour, a tout simplement embrasé son audience, les entraînant dans une véritable communion chantée et rigolée.

Il faut dire que, dans la veine d’un South Park ou d’un Bojack Horseman, Jim Queen déferle comme un acide salvateur. Le premier long-métrage de Nicolas Athané et Marco Nguyen, issu du studio Bobbypills et de UMedia, nous offre une expérience sans concessions, qui sans jamais trahir son propos politique, est indubitablement drôle et profondément grand public.

Jim Parfait, protagoniste principal de notre histoire (auquel Alex Ramirès prête une voix au narcissisme irrésistible), est une icône sculpturale, adepte du culte du corps et star des réseaux sociaux officiant au Temple Gym. Loin de son statut de star, il se retrouve bientôt positif à une pathologie en phase terminale, l'hétérose, qui condamne la communauté gay à la tragédie suprême : l'hétérosexualité. Si, dans les faits, l’hétérose ne tue pas physiquement ses porteurs, c’est une mort sociale qui les attend. En générant chez ses victimes un irrépressible désir d'attraction pour le sexe opposé, une appétence soudaine pour les règles sportives et le port de la doudoune sans manches, le film joue brillamment la carte de l’inversion comme arme politique, critiquant par là-même les mécanismes de conversation et de normalisation forcée… Sans oublier pour autant de disséquer les hiérarchies internes, les guerres de clans de sa propre communauté divisée en sous groupes (les twinks à l’image de Lucien, bras droit maigrelet de Jim, les bears ou encore les gym queens) et dont la radicalité et l’intolérance va jusqu’à la création d’une « Gaystapo » qui n’a rien à envier à l’originale.

Pour illustrer avec subtilité ce monde de préjugés, le duo français mise sur l’horreur corporelle. Fonte des abdominaux de Jim et disparition de sa musculature, la blague se transforme bientôt en une véritable angoisse organique rappelant sans équivoque les années SIDA. Sans perdre de vue qu’ici l'effacement physique illustre aussi, habilement, la violence de la perte d'identité et de l'effacement social.

Enfin, pour amplifier la musculature de ce voyage du héros finement ficelé, la bande originale techno martiale et orgiaque du collectif français Kirosen insuffle une énergie indéniable au récit. Agressivement joyeux, pop à souhait, le film est puissant, profond (très), accessible et terriblement drôle. De quoi travailler ses abdos dans la pénombre d’une salle obscure… !

Quentin Moyon

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