Critiques

Die, My Love

Elli Mastorou

L’enfance, la culpabilité, la violence, la mort, le deuil ou encore la maternité sont des thèmes récurrents chez Lynne Ramsay. Dès son premier film, Ratcatcher (1999) la cinéaste écossaise impose un cinéma incisif, porté par une mise en scène nerveuse et sensorielle, qui s’intéresse aux situations extrêmes de la vie ordinaire

15 ans après We Need to Talk About Kevin, qui l’a fait connaître auprès du grand public, Die, My Love poursuit avec force cette exploration thématique et formelle. Dans ce récit d’un couple au bord de la crise de nerfs, la mort et la vie coexistent – évidemment à travers la dépression post-partum de Grace (Jennifer Lawrence), mais également via d’autres éléments narratifs dont la brutalité va éprouver les personnages principaux. Le rapport au deuil est notamment abordé à travers le personnage de Harry, le père de Jackson (Robert Pattinson), incarné par Nick Nolte. On pense aussi à l’épisode du chien ramené par Jackson, qui cristallise toute la distance et mécompréhension du couple (c’est un chat que Grace avait demandé).

Tourné en 35mm, le film emploie une pellicule Kodak Ektachrome pour être précis – une suggestion du directeur photo Seamus McGarvey (Reviens-moi, Anna Karénine). C’est un détail de taille, car c’est ce qui donne ces couleurs très contrastées, apportant à l’image une dimension irréelle, presque surnaturelle. Du cadre bucolique jusqu’aux détails des costumes, le vert domine la palette chromatique - un vert contrasté, parfois quasiment fluo, qui vient souligner l’aspect dysphorique et maladif de l’atmosphère. Le format 4 :3 contribue également au sentiment d’enfermement des personnages, coincés dans ce qui semblait au départ un cadre idyllique. Le montage nerveux et la mise en scène à fleur de peau font également écho à l’intériorité de Jackson et Grace.

Bref on l’aura compris, Die, My Love n’est pas un film « agréable » à traverser – mais d’une part, c’est justement le but : nous faire ressentir ce que traversent ses personnages éprouvés par leur réalité changeante. D’autre part, il offre quand même des moments de répit, et notamment via Pam, la mère de Jackson, incarnée avec délicatesse par Sissy Spacek, qui insuffle de la douceur dans ce chaos. Les personnalités de Pattinson et Lawrence donnent un côté pop et humoristique à ce film qui, in fine peut être vu comme une comédie noire : après tout, son titre hésite, lui aussi, entre le désespoir et la plaisanterie.

Avec Jennifer Lawrence, Robert Pattinson, Sissy Spacek, Nick Nolte, Lakeith Stanfield. États-Unis, 119 minutes.

Elli Mastorou

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