Critiques

Terminator 2 - Le Jugement dernier : un duel entre l'humain et la machine au service de l'émotion

Arthur Bouet

À l'occasion de la ressortie en salles de Terminator 2 : Le Jugement dernier pour ses vingt-cinq ans, retour sur le chef d'œuvre de James Cameron qui oppose l'humain et la machine, soit deux conceptions du cinéma d'action dont l'émotion sort grande gagnante.

Beaucoup de choses ont été dites sur Terminator 2 : Le Jugement dernier de James Cameron, pierre angulaire du cinéma d'action et, assurément, l'un des meilleurs films de tous les temps. De ses visions cauchemardesques d'un futur apocalyptique, aux séquences d'action maximalistes dont Hollywood peine encore à se remettre, à l'utilisation révolutionnaire d'images de synthèses alors balbutiantes – nombreuses sont les raisons de lui chanter ses louanges. Mais ce qui a peut-être moins été noté, c'est la dimension réflexive et dialectique d'un film écartelé entre, d'un côté, l'actioner 1980's viril, glorifiant les corps hypertrophiés d'acteurs-culturistes et, de l'autre, un cinéma numérique virtuel, liquide, libéré des contraintes propres à la chair des interprètes.

En précipitant à la poursuite de John Connor, futur leader de la guerre contre les machines interprété par un tout jeune Edward Furlong, un Terminator pour le protéger et un second pour l'assassiner, Cameron organise un duel qui cristallise un moment de bascule dans l'histoire du blockbuster. Dans le rôle du T-800, Arnold Schwarzenegger, icône reaganienne et ancien Mister Univers, affronte un rutilant T-1000 campé par Robert Patrick, dont la silhouette svelte est augmentée par des effets de morphing numérique révolutionnaires – voire carrément remplacé par un double en images de synthèse dans sa version métallique liquide. Le corps parfait des années 1980, savamment sculpté par le sport, rencontre son remplaçant technologique.

Entre un cinéma organique à l'obsolescence imminente, reposant sur la matérialité des corps, et un cinéma numérique post-humain, bientôt appelé à dominer le paysage hollywoodien, le torchon brûle et éclaire le double enjeu de l'émotion. À la fois pour le cinéma à venir qui, sans elle, prend le risque d'accoucher d'œuvres désincarnées, détachées de nos expériences sensibles du monde. Mais aussi pour le personnage de Sarah Connor, guerrière déterminée à éliminer le scientifique bientôt responsable de l'avènement des machines. Sur le point d'abattre un homme innocent devant femme et enfant, elle est rattrapée par l'empathie et s'effondre d'avoir failli commettre l'irréparable : à quoi bon tenter de sauver l'humanité, si l'on sacrifie la sienne et devient ce que l'on combat au passage ?

Vingt-cinq ans ont passé depuis la sortie de ce plaidoyer pour l'amour et la compassion. Dans ce laps de temps, Cameron est parvenu à un degré supérieur de sa réflection en opérant une synthèse unique du couple humain-machine dans sa saga Avatar. De son côté, l'usine à rêves semble revenir du techno-optimisme paradoxalement imputable – du moins en partie – à la révolution digitale de Terminator 2. Elle mise désormais sur un argumentaire anti-images de synthèse pour vendre ses productions à un public acquis au numérique, aujourd'hui largement démocratisé, qui ne constitue plus une valeur en soi. Le moment est donc idéal pour se replonger dans cet objet hybride passionnant, sommet de divertissement intelligent qui, tenant fermement son cap sur l'émotion, n'en finira sans doute jamais de faire résonner notre humanité.

Arthur Bouet

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