Envie d'une soirée cinéma agréable et divertissante qui sort des sentiers battus ? Alors Pillion est le film qu'il vous faut. Non seulement il s'agit d'une histoire d'amour vraiment captivante avec un sens de l'humour piquant, mais le jeune réalisateur britannique Harry Lighton nous fait également découvrir un monde que la plupart d'entre nous ne connaissent pas : la relation strictement réglementée entre dom et sub, c'est-à-dire dominant et soumis. Nous suivons Colin, un jeune homme queer qui n'a pas à lutter contre l'homophobie, mais qui ne se sent tout de même pas bien dans sa peau. Un soir, il rencontre Ray, un motard incroyablement beau et charismatique. Colin est tout aussi surpris lorsque Ray lui fait clairement comprendre qu'il veut un rendez-vous.
Pour moi, l’histoire que raconte Pillion est agréable, émouvante et positive. Mais je connais aussi des gens qui trouvent ce film profondément triste. Comprenez-vous cela ?
Absolument. C'est la différence entre la façon dont Colin voit sa relation avec Ray, la façon dont les autres motards la voient et la façon dont la mère de Colin la perçoit. C'est une question de perspective. Ma tâche principale était de laisser suffisamment de place aux deux points de vue, afin qu'aucun des deux ne prenne le dessus. Je ne voulais pas que le public quitte la salle avec le sentiment que la mère de Colin a raison et que Ray est un salaud. Je voulais plutôt que certain·es spectateur·ices pensent que la mère de Colin projette ses propres idées et ses propres peurs sur son fils. J'avais aussi plutôt une fin heureuse en tête, dans laquelle Colin est plus fort qu'au début du film. Pillion est l'histoire d'un premier amour qui, espérons-le, montrera à Colin la voie vers un avenir meilleur. Je suis optimiste, et je voulais donc terminer sur une note optimiste.
Pillion est basé sur la nouvelle Box Hill d'Adam Mars-Jones. Ce livre a-t-il le même ton ?
Plus ou moins, dans le sens où, tout comme le film, il cherche à trouver un équilibre entre sincérité et humour. La différence est que l'humour du livre vise à désorienter le lecteur, à le laisser dans le doute. Dans le film, l'humour sert à rassurer le public. C'est un ingrédient qui permet de maintenir l'attention des spectateur·ices sur l'histoire plutôt que de les repousser.
Le film a deux personnages principaux inhabituels, car ils sont tous deux insondables. Colin ne sait pas encore ce qu'il veut ni qui il est et ne peut donc pas l'exprimer. Ray sait parfaitement ce qu'il veut, mais refuse de se dévoiler. Était-ce un défi de rendre ces personnages accessibles au public ?
Colin ne sait effectivement pas ce qu'il veut, mais il est prêt à se lancer dans l'inconnu et à voir où cela le mènera. Cela en fait un personnage riche. Je pense que les spectateur·ices trouvent intéressant de se mettre à sa place. Ray était un cas à part. Il fallait voir dans quelle mesure le public accepterait son silence et son caractère fermé. De combien d'informations le public aurait-il besoin pour ne pas considérer Ray comme un personnage ennuyeux et inintéressant ? Car je savais aussi que je ne voulais en aucun cas expliquer Ray. Je ne voulais pas évoquer une relation passée ou un traumatisme de son enfance comme cause de son comportement. Je me suis donc contenté de quelques indices bien placés.
Le célèbre artiste Tom of Finland a-t-il inspiré le look des motards ?
Non, même si l'idée a été évoquée pendant les recherches. Alexander [Skarsgård, qui joue Ray] pensait qu'il porterait ce genre de tenues, et il a été agréablement surpris quand je lui ai dit que je voulais un style différent. L'une des raisons pour lesquelles Pillion se déroule de nos jours c’est que cela nous donne l'occasion de créer une image moderne du motard sexy. Si vous surfez sur des sites web kink ou feuilletez des magazines fétichistes, vous constaterez également que la culture visuelle autour des motards a été remise au goût du jour. Le look est beaucoup plus sportif et cuir. J'ai d'ailleurs remarqué la même chose chez les motards avec lesquels j'ai discuté.
Vous avez assisté à l'Assemblée Générale du Gay Bikers Motorcycle Club, une association qui compte plus de cent membres. Y avait-il des motards aussi éblouissants qu'Alexander Skarsgård ?
(rires) Il y avait quelques beaux gosses, oui. Mais je pense qu'Alexander ferait tourner beaucoup de têtes s'il se présentait à une telle réunion.
Vous avez tourné les scènes de sexe avec les conseils d'un coordinateur d'intimité, Robbie Taylor Hunt. Comment décririez-vous sa contribution ?
Les détails. Je l'ai surtout utilisé comme spécialiste. Je lui ai demandé, par exemple, comment montrer que Colin n'avait jamais eu de relations sexuelles auparavant, simplement par la façon dont il courbe le dos ou fait certains mouvements. Robbie a alors suggéré un détail ou une position de caméra qui permettrait de mieux le montrer. À ce niveau, il a beaucoup apporté au film, en plus de mettre les acteurs à l'aise. Je trouve maintenant logique qu'il y ait quelqu'un sur le plateau qui s'occupe de cela.
Je ne savais pas qu'un coordinateur d'intimité apportait également une contribution créative.
Oh oui. Vous savez, le dialogue entre les réalisateurs et les acteurs sur la manière de représenter le sexe de manière crédible est parfois trop vague. Et c'est cette imprécision qui rend les acteurs incertains et mal à l'aise. Ils ne savent pas vraiment ce qu'ils font ni à quoi cela ressemble, et le réalisateur ne leur explique pas. C'est pourquoi il est si utile de savoir comment clarifier certains détails. Le moment où le pénis pénètre, par exemple.
PILLION
Le réalisateur britannique Harry Lighton signe avec son premier long-métrage une histoire de relation sulfureuse aussi provocante que touchante, qu'il agrémente d'une bonne dose d'humour franc. Harry Melling et Alexander Skarsgård brillent respectivement dans les rôles d'un jeune homme queer complexé et du beau motard qui lui fait découvrir le monde merveilleux des relations dominant/soumis.
