Révélée il y a cinq ans par l'intimiste The World to Come avant de produire et signer le scénario de The Brutalist, de son compagnon Brady Corbet (qui lui rend d'ailleurs la pareille), Mona Fastvold repasse derrière la caméra à la faveur du Testament d'Ann Lee. La cinéaste norvégienne s'attache dans ce biopic étonnant à la personnalité de la mystique anglaise Ann Lee (Amanda Seyfried). Figure hors norme, cette dernière devait, dans le courant du XVIII e siècle, exercer son autorité sur l'Organisation de la Société Unie des Croyants dans la Deuxième Apparition du Christ, secte mieux connue sous le nom de "Shakers", d'après la propension de ses membres à chercher l'extase par les "tremblements". Non sans se voir contrainte, en 1774, de quitter son pays en compagnie de quelques disciples pour rejoindre l'Amérique. Une terre plus hospitalière où elle allait implanter ce culte radical aux accents d'utopie collective prônant l'égalité des genres et la justice sociale, mais aussi le célibat et la chasteté.
Ce destin peu banal, la réalisatrice l'embrasse à l'aide d'un dispositif formel très prégnant, filmant la Passion d'Ann Lee en chants, danses et en transes magistralement chorégraphiées par Celia Rowlson-Hall, la musique de Daniel Blumberg (oscarisé pour The Brutalist) achevant de donner à cette comédie musicale pastorale un tour éminemment singulier. S'appuyant encore sur une reconstitution historique soignée, l'esthétique léchée du film en impose, au risque parfois d'en étouffer le propos. Reste que, habitée par une saisissante Amanda Seyfried, cette fresque extatique se révèle, par-delà un côté poseur, aussi étourdissante que fascinante.

