Les Rayons et les Ombres s'ouvre par une journée blafarde de mars 1948, sur l'agression d'une jeune femme dans les rues de Paris. Elle s'appelle Corinne Luchaire (Nastya Golubeva Carax) et a été désignée à l'opprobre dix ans après avoir entamé une prometteuse carrière d'actrice devant la caméra de Leonide Moguy, avec qui elle tournait Prison sans barreaux. Et de goûter à une gloire précoce - on la comparait à Garbo -, faisant la fierté de son père Jean (Jean Dujardin), journaliste en vue et pacifiste convaincu ayant oeuvré, aux côtés de son ami Otto Abetz (August Diehl), au rapprochement franco-germanique après la Première Guerre mondiale. Un trio qui sera aspiré par le tourbillon de l'Histoire lorsqu'éclate la Seconde, Abetz étant nommé ambassadeur du Reich à Paris, tandis que Jean Luchaire bascule, dans un mélange d'aveuglement, de naïveté et de vénalité, dans la collaboration, fondant le journal de propagande Les Nouveaux Temps. Cela, tout en continuant à mener une existence de dandy noceur, sa fille bien-aimée l'accompagnant de soirées décadentes en cocktails donnés à l'ambassade d'Allemagne pour un public choisi...
Empruntant son titre à un recueil de poèmes de Victor Hugo, Les Rayons et les Ombres plonge dans les années noires de la collaboration en France. Une période trouble que Xavier Giannoli embrasse à l'abri d'un quelconque manichéisme, adoptant le point de vue de la jeune femme sur cette histoire vraie, et refusant de condamner a priori des personnages auxquels il veille à préserver humanité, complexité et ambiguïté. Auscultant leur glissement moral avec acuité, le réalisateur enchâsse avec brio les strates d'un récit qu'il réussit, comme dans Illusions perdues, à faire limpidement résonner avec le présent. Non sans donner à sa réflexion une expression cinématographique lumineuse, au souffle romanesque répondant une mise en scène au faste inspiré - on pense, par endroits, à Visconti. Pour signer, incarnée tout en dégradés de gris par August Diehl, Jean Dujardin et la révélation Nastja Golubeva, une fresque historique tout simplement magistrale.
