Critiques

Histoires Parallèles: Que faisons-nous de nos vies quand le récit qu'on se raconte change soudainement ?

Constant Carbonnelle

Douze ans après Le Passé, qui marquait son premier tournage en français, le cinéaste iranien Asghar Farhadi revient à Paris avec Histoires Parallèles, en lice pour la Palme d'or à Cannes. Un retour qui prolonge, en terrain familier, son exploration des rapports humains — mais en y injectant cette fois une réflexion plus troublante sur la fiction elle-même.

Sylvie, romancière en panne d'inspiration, observe ses voisins d'en face afin d’en tirer un matériau narratif. Lorsque sa nièce lui amène Adam pour l'aider au quotidien, elle croit garder le contrôle sur ce réel qu'elle transforme en fiction. Mais peu à peu, Adam s'empare du récit, s'immisce dans la vie des voisins et fait dérailler le fragile équilibre entre invention et vécu. Car ici l’imagination n’est jamais neutre : elle agit sur les protagonistes, bouscule leurs certitudes, et révèle, presque malgré eux, leur vérité intime.

Pour incarner ces personnages tantôt observateurs tantôt observés, le cinéaste convoque un casting impressionnant : Isabelle Huppert, Pierre Niney, Virginie Efira, Vincent Cassel, Adam Bessa, et même Catherine Deneuve le temps d’une scène, chacun engagé dans un jeu en clair-obscur. La mise en scène, volontairement épurée, rappelle par moments Fenêtre sur cour dans son dispositif d’observation, mais le cinéaste s’en éloigne : là où Hitchcock construisait un suspense, il privilégie ici une lente contamination des existences.

Au fond, Histoires Parallèles_ interroge une forme de lucidité morale : que faisons-nous de nos vies quand le récit qu'on se raconte change soudainement ? Sommes-nous prisonniers de nos routines, ou prêts à accueillir l'imprévu — quitte à en payer le prix ? Tout en retenue, Farhadi tisse ainsi un film où les lignes narratives se croisent jusqu'à faire émerger cette idée simple : et si nos vies n’étaient, finalement, que des histoires en perpétuelle réécriture ?

Histoires Parallèles

Une romancière épie sa voisine pour nourrir son imaginaire dans ce très beau film sur le fantasme.

À partir de vendredi
Constant Carbonnelle

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