Critiques

The Love That Remains : portrait de famille

Jean-François Pluijgers

Trois ans après l’étincelant Godland, The Love That Remains marque un changement de registre dans le chef de Hlynur Palmason. Le cinéaste islandais s’y détourne en effet du film d’époque pour tracer, sur un an, le portrait d’une famille dont les parents, Anna et Magnus, se séparent. Une réalité encore flottante, leurs trois enfants (joués par ceux du réalisateur) ayant d’autant plus de mal à l’intégrer que Magnus ne peut s’y résoudre, tapant l’incruste dans une maisonnée que complète le chien Panda. Et le temps de suivre son cours, suspendu au rythme des saisons et aux gestes du quotidien, non sans que tous continuent à vaquer à leurs occupations, les enfants construisant un curieux épouvantail-chevalier, Anna créant ses œuvres de Land Art sur leurs terres et Magnus prenant la mer avec d’autres pécheurs…

Si le contexte diffère, l’on est bien chez Palmason, qui intègre son récit d’humeur contemplative dans une nature islandaise d’une renversante beauté, tout en s’attachant à la mesure du temps qui passe. Il signe une chronique douce-amère foisonnante, infusant son propos de poésie et d’humour à froid, mais aussi d’instantanés insolites ou burlesques et autres échappées surréalistes. Singulier dans sa forme, ce drame intime sensible se révèle au final délicatement pénétrant. Superbe.

Jean-François Pluijgers

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