Critiques

Critique d'I Swear

Quentin Moyon

Ce qui frappe d’emblée dans I Swear ce n’est pas la maladie de son personnage principal, mais le regard qu’on pose dessus. Le film de Kirk Jones raconte moins le syndrome de Gilles de la Tourette que l’ensemble des rites sociaux qu’il vient perturber. Au cours de ces 120 minutes, le corps de John Davidson, héros injurieux de ce biopic, se fait champ de bataille où se négocient en permanence la norme, la honte et la tolérance.

Insultes incontrôlées, gestes compulsifs, rituels absurdes : dans notre quotidien standardisé, tout ce qui déborde est immédiatement sanctionné. À l’école, au cinéma, face aux figures d’autorité, le jeune John, dont la bouche déverse quantité de gros mots, est sommé de se tenir, de se taire, d’expliquer l’inexplicable. On l’accuse d’inventer, de chercher l’attention. On lui répond par la violence — symbolique d’abord, puis physique.

Le film décrit avec justesse sa solitude. L’abandon du père, terrifié par ce qui lui échappe. La présence mutique de la mère, dépassée par une situation qu’elle ne comprend pas. Puis très vite, I Swear bifurque, fait un bond de treize ans pour quitter les origines, les symptômes de la condition de John, et se concentrer sur celle de sa (sur)vie. Nous sont alors présentés les mécanismes qu’il met en place, avec le temps, pour continuer à travailler, aimer, faire la fête, et apprendre à vivre « comme les autres ».

Porté par Robert Aramayo (The Rings of Power) qui incarne avec brio John, I Swear évite le misérabilisme et choisit la pédagogie sans didactisme. « La Tourette n’est pas le problème. Le problème, c’est qu’on n’en sait pas assez sur la Tourette. » Toute l’essence du film est là. Dans cette injonction à s’éduquer, à éduquer les autres pour reprendre le contrôle du récit. Jusqu’à devenir guide pour ceux qui suivront. Et dans le contexte actuel, saturé de cynisme, envahi d’intolérance et de rejet de l’altérité, I Swear fait un bien fou. Bordel de merde.

Avec Robert Aramayo, Maxine Peake, Shirley Henderson. Royaume-Uni, 120 minutes.

Quentin Moyon

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